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DE MON TEMPS, MON BON MONSIEUR, DE MON TEMPS......
-20.6.2032.
Ma jambe m’a fait mal cette nuit. Mes doigts sont tellement grippés que, si j’ai eu du mal à prendre le stylo, j’en aurait autant pour le lâcher. J’ai du me faire aider pour m’habiller, tellement mon épaule est douloureuse ce matin. Pour commencer à écrire, j’ai du monter ma main avec ma main gauche. Ecrire de la gauche, je n’y arrive toujours pas.
Tout raconter, avant que la mémoire ne s’efface, avant que je ne parte, écrire ; il y a bien longtemps que j’ai commencé. Dire qu’au départ j’essayais juste de définir qui j’étais :Qu’est ce qu’un homme ? C’est à cette époque qu’une porte s’est ouverte. C’était d’ailleurs annoncé dans le livre, décrit. La calcination était achevée ; et après refroidissement, il ne resta plus qu’a briser les scellés, ouvrir le sceau, et libérer le génie : Lâcher un égrégore. Aujourd’hui en 2032, cela a l’air loin ; mais il s’en est passé des choses depuis que le couvercle a été ouvert.
On continue de vivre ; ils n’avaient pas voulu le croire ; mais c’est arrivé. On ne joue pas impunément avec certaines puissances. Et c’était écrit, en plus. Mais qui s’en souciait. Qui prêtait attention à des textes poussiéreux, arides, pas jouissifs (à l’époque, on disait « pas fun »), qui parlaient d’un passé révolu. Les politiques ? Ils étaient eux même d’un autre âge. Un peu les coelacanthes de la politique. A l’époque le hobereau chef glosait sur sa déception de n’être pas parvenu à bouter une fois pour toute les babas cools du Diois ! ! L’innocent ! ! On a vu ce qui est arrivé après. « On pensait.... » Ils pensaient ! !
C’était le propre du groupe qu’il dirigeait que de souffrir de troubles de la vision : Myopes et astigmates ! ! Personne ne leur avait dit quelle partie se jouait Je me demande encore comment ils ne se sont pas posé des questions sur l’arrivée massive de ceux qu’ils appelaient avec ironie les néo-ruraux, pleins de compétences, où les hollandais inventifs et pleins de savoirs ? Pas plus qu’ils ne se posèrent de questions sur la poussée de l’agrobiologie et des cultures médicinales. On peut dire avec le recul que les hollandais anticipaient la submersion du plat pays, puisque c’est ce qui s’est passé.
Et tous ces étrangers des pays chauds, ils allaient servir à quoi ? Mais a transducter des savoir et des cultures adaptées à la nouvelle donne climatique. Etant donné ce qui reste en Afrique, 30 millions d’âmes à tout casser, ils n’avaient pas tort d’émigrer. Et puis, ils avaient un inné, pigmentaire entre autre, qui nous faisait défaut.
Et l’agrobio a prouvé qu’elle était la seule forme d’agriculture adaptée, puisque seuls les agrobios ont été capables de mener la reconversion des terres et de nourrir en trois ans plus de trente mille personnes.
Mais ils n’y ont vu que pouic ! Et ils prétendaient ne pas savoir sur quoi ils dansaient. Tellement lisibles. Mais nous étions encore liés. Il fallait que cela advienne. Il fallait que nous en fassions l’expérience. Pour apprendre à maîtriser. Nous, nous avons appris, parce que nous étions prêts.
Tout a changé. Ce n’a pas été la fin du monde. Ce n’a pas été l’apocalypse. Quelques paramètres ont changé, parfois de façon imperceptible, parfois de façon brutale. Mais plus rien n’est comme avant. Pourtant, s’ils avaient su lire, appris à ouvrir le livre, peut être auraient ils réussi à interpréter différemment les versets sur la résurrection des morts. Du diable qu’aucun chercheur n’ait jamais essayé de définir combien d’hommes avaient transité sur terre depuis l’apparition de Cro-Magnon ! Sept milliards et demi ; huit milliards ; neuf peut être ! Où plus ? Parce que si tout le monde se retrouvait là, ce n’était peut être pas par hasard. Au fait, en Araméen, résurrection des morts et réincarnation, cela se traduit comment ?
Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’il y avait un effet cumulatif. Que la Terre disposait de systèmes d’autorégulations qui dépassaient largement l’entendement d’un libéral, même
échevelé, et que les hommes qui se trouvaient embarqués dans l’engrenage, ne pesaient que le poids de leur âme. En fait, si, il pouvaient savoir, puisque l’information était disponible. Mais cela aurait été à l’encontre de leurs intérêts immédiat, de leur idéologie. Et puis c’était dans un autre champ. Dix neuf niveaux d’intégration, c’était déjà trop pour eux. Alors plus ! !
Il y avait pourtant eu Tchernobyl. Mais c’était loin. Dans un autre monde. Absinthe ! Et puis le lobby était puissant. Ils avaient occulté pour se protéger. Leur immunité était encore puissante.
Mais ce jour là, la surprise ! ! On les a ramassé ici, les réfugiés. 1500000 évacués. Au plus fort de la vague, nous avons été plus de trente mille dans le Diois. On en a enterré près de 10000. Nous sommes stabilisés à 23000. Entre le verrou de Saillans et le Clap. On pouvait toujours essayer de leur parler de champs, de résonance ; parler d’organisation « sociale »des particules où des molécules les faisait bondir. A l’époque, ils avaient fait tout un barouf à propos de « la mémoire de l’eau ». Pas touche à mon pré carré, et à ma tranquillité intellectuelle ! !Pour eux la matière était inerte, et l’esprit venait à la vie. Sans qu’ils arrivent à la définir par ailleurs. La contraction cranio-faciale comme attracteur étrange, veut pas connaître. Avec le recul, quand on raconte aux jeunes la chasse aux sorcières qui sévissait, il faut leur montrer les articles de l’époque.
L’habitat s’est modifié. Des hameaux se sont repeuplés ; d’autres ont poussé, essaimé. Il a fallu faire face. Ce qui nous a permis de nous en sortir, c’est la mobilisation de l’énergie. C’est fou ce que l’on peut trouver dans la mémoire.
Les jeunes de l’école sont tout fous ; ils préparent le 25 éme anniversaire et le long jour. Ce sont eux qui prendront le relais. Les premières promos sont déjà loin.
-22.06.2032.
La nuit fut courte. La frênette était fraîche et douce ; l’herbe aussi. Dieu quelle fête. Deux cent jeunes en train de danser en chantant autour du feu, au son des tambours, des flûtes, des balafons. Le bœuf a été nettoyé comme par les vautours de la Servelle et les Gypaètes de Volvent. Dommage que les Lucilies soient présentes aussi. Mais les insectivores d’élevage limitent les dégâts, et commencent à devenir endémiques. Qui se serait vanté, il y a trente ans, d’avoir des toiles d’araignées chez soi, ou d’élever des caméléons. On s’est adaptés à la dérive climatique. Et puis, l’hygiène, cela s’apprend ; surtout avec peu d’eau.
Pour mes vielles douleurs, en période sèche, c’est mieux. Je me sens bien vieux ce soir, à force de revoir tout cela. C’est toujours là, vivant, dans ma mémoire. 82 ans ! Moi qui étais persuadé que je mourrais de mort violente, brutale. J’avais eu plusieurs visions d’images de morts ; peut être des prémonitions, des avertissements, que les autres aussi pouvaient agir, frapper. Je pouvais être le plus possible dans la posture, un circuit de freinage se sabote facilement.
Tiens, une aurore boréale. Je vais encore avoir mal cette nuit. Ce serait une belle nuit pour partir. Ils n’ont pas encore servi la vieille bête noire. J’essayais d’être un homme.
Le météore ? Ah oui, Toutatis ! Une réussite technologique. Il pointait son nez très régulièrement. Il devait revenir en 2004. Avec leur manie paranoïaque, ils ont décidé de lui expédier une tête mégatonnique pour le disperser. Ils n’avaient pas résorbé les réflexes de prédateurs de leurs ancêtres arrivés voici 16 siècles. La manip n’a pas eu le résultat escompté . Il a pété en deux, et a foncé sur la terre. Le plus petit morceau a été transformer un morceau des Pyrénées en chaleur et en lumière. Carcassonne a ressemblé à un tableau surréaliste, et les vitriers de Toulouse se sont frotté les mains. La réplique fut rapide : Les puys se sont réveillés. On avait vu cela à la télé, au ciné, mais chez les autres. En montant sur les crêtes, on voit les colonnes de fumée par beau temps. Il y en a six. Le gros bout, 1,5 kilomètre quand même, est allé vaporiser la majeure partie du Névada . C’est là que l’Amérique a dérapé. En fait cela a
bougé jusqu’ici. D’importantes bouffées d’âmes sont parties alors. Et cela bouge toujours. Il faudra longtemps pour que l’ajustement homéothermique se fasse. Nous nous croyons immortels ; mortels nous étions.
-23.05.2032. Je ne suis pas arrivé à dormir. Je me suis souvenu d’un film américain : Little big man. Je suis un peu comme le grand père. Je suis le lien avec un passé qui n’est plus, et un avenir en gésine. Et cet hologramme que j’ai transmis me bouleverse encore. C’est tellement loin ! J’étais jeune ; et durant toute une nuit, je me suis battu avec ma mort. Juste un homme.
Je vivais alors en communauté. A cette époque, peu après 1968, il se passa beaucoup de choses. Cela bouillonnait. C’était comme un formidable Athanor qui se mettait à agir, à réagir. D’un seul coup se produisait toute une série de phénomènes. Des groupes d’individus, des individus en groupes, se mettaient à vivre des expériences inouïes. Des femmes et des hommes mutaient. Sans le savoir, ils co-naissaient par une expérience vieille comme l’homme. Personne n’a idée de ce qu’ils vécurent alors. Mais qui se souciait alors de traditions, de rituels, de chamanisme, de spiritualité. Une des chose les plus frappante de cette période, est que ceux qui auraient du être à même de canaliser, d’encadrer ces phénomènes, les frangins où les églises, entre autres, pédalaient carrément dans la semoule. Ceci eut plusieurs conséquences, et non des moindres. Le phénomène resta quasi totalement laïque, échappa à toutes les autorités, et régénéra la mystique. Les grilles de la laïque n’étaient pas les mieux adaptée ; d’où beaucoup de fourvoiements sectaires. Ce fut le coup de génie de quelques disciples de Steiner. Parce que, dans les faits, c’est par eux qu’arrivèrent les premières grilles adaptées. De l’homéopathie et des hautes dilutions appliquées au social. Sheldracke, Fulcanelli, Pribam, Groff, Kauffman , Bôehm, Prigogine, Stenger, Locquin, Pour allumer un soleil, il faut du temps. Cette nuit là, j’ai repoussé la faucheuse, au corps à corps. Je sais maintenant que si j’avais lâché prise alors, la suite aurait été différente ; qu’autre chose serait advenu. Mais c’est ce qui est arrivé. J’ai eu peur. Il a fallu que je l’expérimente. Alors, depuis, je me suis battu.
Mais je sais que quand elle repassera, ce coup ci, je ne la repousserais pas. Parce que je sais dans quel saut je me trouve. Ce n’est pas plus stimulant que stressant : C’est ainsi.
Il n’a pas plu depuis trois mois. Je dormirait sous la véranda cette nuit. Il ne faudra pas rater la soirée d’élan pour Coluche. Rien qu’un homme.
-24.05.2032. Toujours pas d’eau. La vendange approche. Les pêches sont déjà cueillies. J’avais eu une sacré idée de relancer les dés en semant. Nous avons de nouveau des fruits frais toute l’année. L’atelier de tissage des Gleysolles a étrenné hier sa nouvelle turbine, et ses nouveaux métiers. Quel boulot ! Mais de quoi vêtir presque tout le monde avec du neuf, se coucher dans des draps, et troquer avec les autres. Et puis, cela fait cent cinquante paires de mains bien utilisées. En 5 ans, en unissant la mémoire écrite, le savoir technique de ceux qui sont arrivés ici, en nous avons lancé un programme de formation et d’activation technique raisonnable. Jules Vernes ne nous aurait pas renié.
Par contre la tornade d’avant hier a plié trois éoliennes sur cinq au Ribal. Pour refaire des palles, on va rigoler. Mais il va falloir diminuer la consommation tant que la centrale d’Angèle ne sera pas opérationnelle. Et là il faudra d’abord régler le problème des four à chaux. Mais cette technique du tunnel appuyé devrait être moins sensibles à ces putains de rafales à cent cinquante kilomètres heure. Par contre pour les passes montagnes, le problème restera toujours l’évitement. C’est l’inconvénient des plus légers que l’air. L’atelier de Die sort maintenant des modèles de porteurs qui vont de trois tonnes à deux cents tonnes. C’est Chatillon qui produit l’hélium.
Nous étions 70 à la séance d’élan pour Coluche, hier soir. Il est mort peu après mon arrivée ici. J’avais poursuivi l’expérience en ouvrant le livre, sans le savoir. En fait, si, instinctivement, en état second, selon une technique que pratiquaient les hassidiques. J’ai lu, j’ai lu. Et petit à petit j’ai reconstruit mon expérience. C’est à cette époque que j’ai compris ce que j’étais venu faire ici ; ce que je faisais au désert ; et qu’il était temps d’en sortir. Un atterrissage quelque peu météoritique. L’écriture a suivi. Le tout était de trouver mon code, mes clés, pour transducter. C’est à cette époque que j’ai lancé les voyages dans l’écrit, les croisières labyrinthe. Les safaris hologrammes ; L’Arche de Néo. Mon capital était fort réduit à l’époque ; et puis j’avais la trouille ; bêtement humain ; mais il avait déjà atteint la masse critique pour enclencher une divergence durable. Je m’étais fixé un horizon de cinq siècles. Histoire de passer le cap ; d’y participer en conscience ; de laisser des grilles, des images. Un chouïa luciférien comme démarche ; mais en pleine connaissance de cause. Je me suis brûlé, mais le génie a prospéré. La résonance morphique a perduré. A eux de faire avec. Le résultat fut l’acquisition d’une mémoire écrite et holographique phénoménale, utilisable. C’est elle qui nous a permis de gagner cinq siècles sur les autres.
-25.06.2032. C’est depuis que je porte la morsure du feu. Je n’ai plus beaucoup de poils sur le caillou ; et les démangeaisons ! Je sais que la prochaine fois, je n’irais pas si loins, et que j’en mourrais. Je mourrais irradié, et bien d’autres avec moi. Ils comprendront peut être alors. La différence est que nous repartirons pour après, pour les attendre ; toujours là. Ils auront toujours un retard d’un saut. Joker ! Surprise ! Et la radioactivité va encore grimper, grimper, jusqu'à ce que nous changions le point d’application, et faire avec la radioactivité ce que nous avions déjà fait avec l’oxygène.
Quand les deux commandos de quatre « martyrs » sont arrivés des quatre horizons, le 13 septembre 98, chevauchant leurs U.L.M, avec deux Durandales chacun, tout a basculé. Comme le vent. Ce jour là le vent du nord a soufflé, et épargné la Suisse. Mais de Cruas à la côte....... Leurs doses d’iode, on ne les a pas vues. Mais on le savait déjà.... Un cinquième de la France a basculé dans une autre dimension. Comme le trou noir de leur mauvaise conscience.
Ils avaient oublié où les ricains avaient installé leur hôpital de campagne durant la bataille de Montélimar.
A propos de ricains, on a réussi a établir une liaison satellite avec Atlanta hier. Cette quincaillerie s’use à une vitesse ! Quand elle tombera en carafe, il n’y aura plus que la radio. Cela va de plus en plus mal pour eux. Le dust bowl remonte maintenant jusqu'à Washington, et le niveau du Mississippi a encore baissé d’un mètre cinquante. L’Amérique crève de soif ; et de faim. Le grenier à blé, maintenant, c’est le Canada. Et maintenant ce sont eux qui peuvent dicter leur loi, surtout depuis que le Québec a profité du discrédit anglo-saxon pour prendre la tête de la fédération. Mais ils ont bien des problèmes d’intégration avec tous ces immigrés qui viennent trouver une terre promise. Il semble que les Russes aient les mêmes problèmes, mais eux ont l’avantage de l’espace. La Chine n’est plus vraiment un problème pour eux. Leurs pulsions parano-nationalistes les ayant poussé à attaquer Taiwan pour leur nouvel an 2000, ils ont provoqué l’embrasement de la région. L’alliance du Japon, de l’Inde, de l’Autralie, du Vietnam et des Russes les a mis à genoux en une semaine. En 1 semaine, les deux tiers de la Chine ont été vitrifiés. Le Pakistan est désert, le Tibet n’est plus, et l’Inde est saignée. Dans quelques années, la puissance mondiale, ce sera eux. Ils auront encore le temps d’apprendre.
La vielle route Hannibal a repris du service. Les routes des crêtes ! !
Evidemment, faire bouffer, abriter, animer près de 30000 personnes, ça n’a pas été tout seul. Mais le mode d’emploi était là, en français dans le texte. Cela a renâclé, craqué de partout ; on n’abandonne pas des générations d’habitudes sans rechigner. Il a parfois fallut utiliser la manière forte, la violence, faire couler le sang ; être expéditif (quelle horreur !). C’est passé ! Mais il faut faire avec. Et deux ans après sont arrivés les enfants. C’était écrit aussi.
Le Diois est devenu un vaste jardin, avec des milliers de jardiniers. Ils ont vite appris. Pour bouffer. Il a fallu monter des murettes, semer, planter, multiplier, sélectionner, collecter, recommencer, adapter à la dérive climatique. Il a fallu prévenir les raids des bandes armées qui cherchaient du ravitaillement, des femmes. Rien n’est stable ; toujours des murets à remonter, des petits à élever.
L’atelier bois de Romeyer, grâce à ses nouvelles presses, sort cinq maisons à armature lamellé-collé par jour ; et maintenant que nous avons formé des compagnons et des maîtres, nous pourrons partir à la reconquête de l’espace abandonné. Le vieux chemin de Lug a repris du service, lui aussi. En plus des relations pédestres et optiques, on a installé un réseau de radios amateurs. Ils ont été les premiers à utiliser les panneaux au silicium qui sont sortis de Beaurière. Du silicium tiré de la Prêle, il fallait y penser. Maintenant, il en sort 60 mètres carré par mois, et on commence à équiper les communautés isolées.
Agathe nous a laissé ses petits ce matin. La lignée continue. Ils jouent, rient, apprennent, expérimentent. Ils nous ont choisis pour les engendrer. Ils sont déjà si loin. Peut être est ce moi qui ralentis quand commencent à se défaire les fils de la trame. Eux sont en pleine dynamique de poussée, opératifs en devenir. Humains en devenir.
-27.05.2032. Pas pu écrire hier. Ma carcasse est en train de me lâcher. A 85 ans, j’aurais eu 9 ans de rab. Inespéré. Nécessaire peut être.
Ils avaient construit leur système sur la manipulation de l’énergie. Ils n’étaient pas les premiers ; et il se trouve des récits dans le livre des descriptions des précédents. Alors quand le soleil a émis une bouffée un peu forte qui a pris la terre en écharpe, cela ne s’est pas traduit que par des aurores boréales. Même si elles sont encore splendides, jusqu’en Ardèche. La couche d’ozone a pris un très vilain coup, et les affections cutanées sont légions. C’est à qui mariera sa fille avec un bronzé pour espérer une descendance.
Ils n’avaient pas réalisé que le soleil avait des cycles ! Et que ces cycles interféraient avec l’écologie de la planète. En fait ils ne savaient pas grand chose et manipulaient petit. Mais trop gros pour eux. Et quand le prout solaire nous a touché, à part trois malheureux qui se trouvaient dans le cône d’ombre de la Terre, tous les satellites ont grillé, et avec eux tous les systèmes de télécommunication. La station spatiale s’est définitivement tue. Les systèmes informatiques ont sombré. Et comme tout était piloté par informatique, les systèmes de distribution d’énergie se sont retrouvé en court jus, et on a cavalé après les bougies. Le bordel dans les cités. On les avait prévenu ; mais nous étions en dessous de la réalité.
Des qui se sont frotté les mains, c’étaient ceux qui avaient joué les énergies renouvelables, le biogaz, entre autres ! Parce que adaptés à la nouvelle donne, plus autonomes. Ils n’avaient jamais regardé un article du petit père Locquin. Effacées les mémoires informatiques, envolé le virtuel, déchiré le voile ! Maya ! Pourtant ils avaient été prévenus en Avril 97. C’est sur Terre que les humains régleront leur humanité. Dans la tronche la théorie de la catastrophe et la théorie du chaos !
Le transducteur les faisaient ricaner : » Les livres, mais mon pauvre, on en est à l’hypertexte, et au train ou vont les choses, dans dix ans..... » On a vu ! Comme les villes ont été ravagées par les émeutes et que les bibliothèques ont morflé méchant, pour cause de manque de combustible, et de régression galopante. Mais qui se souvenait encore de la chute de l’empire
romain, de l’agonie de Byzance. L‘Arche de Néo s’est retrouvé en pointe grâce à son réseau d’approvisionnement mis en place lors de son lancement. En fait, ce doit même être la première banque de données francophone. La chanson disait : » Il en viendra de partout, des hommes qui se tiennent debout ». On aurait plutôt du mal à les loger. Cela occupe pas mal de monde. La culture de chanvre est devenue une des plus importante. Grâce à elle nous pouvons imprimer près de 75000 volumes par an. C’est notre premier poste à l’exportation avec les médicaments , les fringues et la bouffe. Sans compter les dirigeables et les unités énergétiques.
Des qui ont eu du mal à faire avec, c’étaient les New Age. Pour eux l’arrivée du Verseau, ressemblait plutôt à un crash. Leurs gourous n’avaient pas prévu ! Quand un système cybernétique, Prigogine parlait de structure dissipatrice d’énergie, est trop spécialisé, il devient inadaptable, et tend vers son niveau d’incompétence. Notre force fut d’être moins spécialisés, où du moins, différemment, parce que nous avions anticipé, et étions restés humbles. Pour eux c’était une injure, un gros mot.
En attendant, on a récupéré plus de 500 hectares sur les 1300 que l’on a terrassés ! On a creusés et maçonnés 800 kilomètres de canaux, 900 lacs collinaires ; on a planté 3 millions d’arbres. Et nous sommes encore là. Malgré les tornades, malgré les inondations à la saison des pluies, malgré la latérite, les lucilies, les épidémies. Plus personne ne parle de trou de la sécu, de chômage, de chute de la natalité. La question du sens ne mine plus grand monde. La pléthore étant résolue, il est devenu rare de croiser un obèse. Le problème est d’assumer son existence, d’aller au bout de son expérience propre, dans cette vie ci. Humain.
Je vois encore le soleil, mais pourquoi fait-il si sombre ! Je vais me prendre une couverture. Sophie ! ! Ou es tu ? Je ne me sens pas très bien ! Choupette, un câlin. Tiens le soleil brille bien fort. Mais pourquoi se met il à tournoyer ? D’ou vient ce vent ! Choupette.....Sophie....J’aurais voulu vous dire.... Je vous.....
Romeyer le 15 05 1997
UN SANCTUAIRE POUR LE TROISIEME MILLENAIRE.
Lettre ouverte aux compagnons, initiés, opératifs, à tous ceux qui font agir la tradition et l’évolution.
Il y a bien longtemps que vous vous tournez les pouces et que la routine vous gangrène. Oh, je sais, il y a eu Saint Sulpice. Mais Saint Sulpice est une caricature de mauvais goût, nombriliste. Sincèrement, depuis Citeaux, Vèzelay, Chartres, Amiens, combien d’outils évolutifs, temples, si vous préférez, ont été élevés ?
Vous n’avez pas le sentiment, comme cela, en passant, que par les temps qui passent, quelque chose manque !
Je dis cela, mais il se peut que la montée en puissance d‘éléments involutifs vous semble anodine. Il serait peut être temps de mettre quelques points sur les I, histoire d’accélérer l’évolution, la mécanique. Enfin, la mécanique ! Disons, pour utiliser le langage actuel, la structure dissipatrice d’énergie à action de forme.
Vous auriez dit jadis un transmuteur, peut être un Athanor. J’utiliserais le terme moderne de Transducteur. C’est, en cybernétique, une structure qui transforme une énergie en une autre.
Si je ne m’abuse, il est un savoir qui se transmet depuis plus où moins 80000 ans, celui des chamans. C’est ce savoir qui permit la domestication des végétaux, des animaux. Il permit aussi la construction et l’utilisation des menhirs, des dolmens et des cromlechs. Il a encore permis l’invention de la médecine et des sciences. Lors de sa fusion avec le christianisme, il fit jaillir le Roman et le Gothique.
Officiellement, l’alchimie et la spagyrie n’existent pas, mais vous en savez probablement plus que moi.
Périodiquement, nos ancêtres ont laissé de petits rébus, des outils, histoire d’entretenir la flamme. Seulement il y a du relâchement depuis quelques temps, et les involutifs en profitent.
Que sommes nous capables d’édifier qui marque le jalon, et régénère et perpétue la tradition ?
Je fais une proposition. Vous l’agréez où pas.
J’affirme qu’il faut affirmer quelque chose de l’ordre du sacré.
J‘affirme que les bonnes vieilles méthodes ont encore de beaux jours devant elles ; que le monachisme n’est pas obsolète ; enfin en ce qui concerne le prochain millénaire.
Alors, je vous propose un transducteur : L’Arche de Néo, comme structure dissipatrice d’énergie. Et les gens du livre comme égrégore( maintenant, on dit champs morphogénètique).
Pour lancer cette Arche, j’ai besoin de vous. Et parce que cela vous concerne à priori. Vous en savez en principe plus que moi.
Alors, si on joignait la pensée et l’action. Un sanctuaire, un temple, un monastère, un athanor, un transducteur pour le troisième millénaire, dans le Diois, pays du livre, ancien domaine de Lug.
L’aventure vous ferait-elle peur, où n’en êtes vous plus capables ?
L’ARCHE DE NEO POUR POUVOIR OUVRIR LE LIVRE.
Il y a de cela maintenant 23 ans, une série d’aventure m’a fait approcher la réalité du chamanisme. Depuis, comme certains qui ont vécu une E.M.I, j’ai eu envie de comprendre, de savoir. Quelque chose me disait que je pourrais trouver des explications dans les livres. Alors j’ai commencé à acheter des livres, à en trouver, à lire. Et des explications, j’en aie trouvé ; dont quelques unes à prendre avec des pincettes.
Cela fait donc maintenant 23 ans que j’accumule de l’information, que je l’étudie. Moi qui partais avec un bac philo, j’ai du m’initier à des disciplines beaucoup plus dures. Et de fil en aiguilles, j’en suis arrivé à des conclusions toutes personnelles.
Aujourd’hui je pense que nous allons devoir affronter une rupture énergétique, dont je ne peux ni ne veux prédire la forme exacte. Mais rupture dont il serait urgent d’envisager la parade, tant les conséquences pourraient être graves.
Pour ce faire, je veux construire ce que j’appellerais L’Arche de Néo. Un grand transducteur spatial. Selon les travaux de Prigogine, c’est une structure dissipatrice d’énergie. Selon Chaumery et Bélizal, elle est à action de forme. Un transducteur est un structure qui transforme une énergie en une autre. On y fait entrer de l’information , et des gens. Il en ressort de l’esprit. C’est un outil d’évolution. L’Arche de Néo est une bibliothèque que l’on peut qualifier de magique. Structure dissipatrice d’énergie, elle est conservatoire et génératrice d’hologrammes. Elle est littéralement un transducteur spatial. Sise dans le Diois, pays du livre s’il en fut, conservatoire de la mémoire, lieu Lug dans un domaine de Lug, labyrinthe moderne, L’Arche de Néo trouve sa place sur le grand jeu de l’oie que parcouraient déjà les adeptes quand leurs maîtres codaient Chauvet et Cosquer.
Elle fait le pont entre le passé et le présent, et ouvre les portes du devenir.
Chaque livre, chaque revue peut générer une ou plusieurs images holographiques. Ouvrir le livre permet l’accès à l’expérience d’hologrammes complexes, proches de ce que l’on nomme maintenant champs morpho-génétiques, ou champs de forme. Ouvrir le livre est littéralement une opération d’enchantement.
Le Centre Humaniste d’Etudes et de Recherches sur la Culture Humaine Ecrite vous procure le l ”logiciel ” pour “ naviguer ” dans la mémoire de l’Arche.
Point de rencontre, d’échanges, de réflexion, vous pourrez ouvrir le livre en dégustant quelques infusions ou décoctions, vous apprendrez à voyager dans le labyrinthe holographique, et peut être, à changer le pont d’application.
Pour charger L’Arche, je lance l’opération Arche de Néo, destinée à rassembler le maximum d’informations. Le but est de constituer une banque de données. Noé était parti avec une banque de données à pattes et à racines, l’inné, moi je propose de partir avec l’acquis.
Cette opération a de fait une double finalité. En cas de non rupture, l’Arche de Néo pourra servir de noyau dur pour l’installation d’un pôle universitaire : L’Université Dioise Francophone. Ce pôle sera à même de piloter un développement régional autonome au prochain siècle, en fonction du principe que qui possède l’information, maîtrise le devenir.
En cas de rupture, l’Arche de Néo permettra un redémarrage des activités humaines, à partir des données conservées. Un peu ce qui s’est passé avec Monté Cassino et les bénédictins au moyen âge. La lecture est une des activités supérieures de l’homme, qui le confirme dans sa situation de Sapiens Sapiens. Elle est accessible à tous, et ne dépend que de la volonté de chacun. Il va falloir la protéger de tous les intégrismes. La préservation de la liberté de savoir et de penser est à ce prix. Ce sont la diversité et la pluralité de l’expérience humaine qui sont en jeu.
La première étape est l’ouverture d’un cabinet de transduction culturelle dans le Diois. A mi chemin entre la bibliothèque, le centre de documentation, et le café littéraire, l’Arche de Néo 1 proposera livres, revues, rapports, traductions, photocopies, cassettes, films, qu’elle aura en mémoire. Elle commencera aussi à faire des propositions. L’installation d’un serveur télématique qui reprendra le site existant déjà sur Géo-City, permettra d’aller à la pêche sur Internet, et d’écrémer le plus possible de sites, pour en tirer la substantifique moelle. Un gros transfert d’énergie codée. Il faudra ensuite travailler à la rendre opérative, pour agir.
Parallèlement, faut commencer à lancer la collecte de livres, périodiques, manuscrits, rapports, bulletins, mais on pourra aussi glaner films, cassettes ; on triera après.
Un travail d’approfondissement culturel sera mené auprès des jeunes et des moins jeunes, par des ateliers de lecture et d’écriture. Cela afin de permettre à ceux qui en auront envie, on ne force personne, d’avoir accès à l’information, et d’être dans la mesure du possible, à même d’affronter la complexité, et d’évoluer. De participer de l’évolution.
L’Arche de Néo deviendra le paramètre incontournable du devenir Diois.