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Mars 2003

Mardi 4 22 h

La nuit porte conseil.

Plus la vision de l'Arche se précise, et plus elle me semble colossale. La chiffrer en termes financiers actuels, impliquant l'investissement de plusieurs dizaines de milions d'Euros, et la mise en perspective de l'énergie de centaines d'individus. Une création ex nihilo, à même de remodeler, doucement, un écosusyéme, pour le rendre viable pour plusieures centaines de personnes, capable d'accueillir, peut être milles personnes, et ce, pour un siécle et demi, au moins.
Cela nécéssite quelque chose de l'ordre de la foi. Un investissement, peut être à fonds perdus, avec un retour maigre, financiérement. C'est de l'ordre du pari. A ce compte, cela doit être vendable. Reste à trouver des investisseurs.
Je persiste à penser que la solution n'est pas dans les circuits financiers du marché, mais dans l'épargne populaire. Cela peut paraître stupide. Mais, cent euros misés par cent mille personnes finissent quand même par faire dix millions d'euros ! Et ce n'est pas mince. Si certains veulent verser cinquante euros pendant dix ans, cela fait cinq cent euros.
On peut imaginer une floppée de formules.
Le probléme, trés clairement, est d'organiser un transfert d'énergie. Pour affronter la transgression énergétique, il faut en organiser une. De nature négentropique. Et l'investir.
Cela implique l'organisation d'un plan. A court, moyen, long terme. Du fait qu'il n'y a guére que mon esprit qui fonctionne à plein régime, que j'ai trés largement le temps de faire travailler l'outil, les nuits, même avec un Stilnox, sont longues, ce que j'avais prévu se réalise. Comme je fais entrer l'information abondemment, les informations traitées, introduites dans des modéles, finissent par fournir une quantité d'images impréssionnantes.
La vision gagne en puissance de définition, et en profondeur de champs.
Je suis handicapé, mais voyant. Je suis capable d'opérer un transfert énergétique. C'est ma vision qui qui va rassembler, agir.
D'une certaine façon, je vais initier une tribus qui va porter l'Humanité. Elle ne pourra pas la créer, puisqu'elle existe déjà. Elle ne pourra que la créer en étant soi même sa propre Humanité. C'est à dire, en permettant à chaque individu de s'individuer.
Enoncé ainsi, cela peut paraitre bien prétentieux !
Pour qui se prend-t-il, celui là ?
On est ce que l'on est capable d'être. Et cela s'apprend. C'est un travail. C'est une méthodologie.
Ce n'est pas vraiment ce qu'accomplit notre systéme scolaire, encore englué dans la matrice 1. Ce n'est pas, bien sur, non plus ce dont rêve le Comité des Forges, même modernisé.
Nous sommes en train de changer de modéle énergétique, et nous portons, en plus, une mutation.
L'Arche de Néo est, pour l'instant, la premiére et unique réponse à cette évolution.
Et cette réponse implique un changement de point d'application de notre façon d'être. D'importants changements scientifiques vont bientÙt intervenir, qui vont modifier notre perception. Car ce sera d'abord un changement de perception qui va s'opérer. Cette transformation, quelque chose de l'ordre de la conversion, d'ordre non matériel, va nous permettre de redéployer notre activité, et de cogénérer l'évolution. La perception de notre commensalité va nous mener à agir autrement.
Où nous effectuons cette démarche consciemment, volontairement, où nous disparaissons. Où nous devenons des Sapiens 3, où nous serons ravallés au rang d'animaux. Le choix est simple. Ce n'est pas une question de Bien contre Le Mal, de Dieu contre Satan. C'est une question d'Humanité !
Ces questions pouvaient être posées dans les matrices primitives. La transgression énergétique va modifier tout notre biome. Nous changeons de cycle.
Nous entrons dans le cycle de l'Humanité. Dans le cycle de Sapiens 3.
Non seulement nous allons devoir être intelligents, mais il va falloir être cultivé ! Ce n'est pas une tare, encore moins une insulte. Comment croyez vous que se définisse la différence entre deux individus ?
Dans leur capacité à s'adapter à leur environnement ! Et cela s'acquiert par la culture : L'expérience.
Plus on a d'expérience, plus on est riche de chances supplémentaires d'adaptation, donc de survie.
Comment, depuis des lustres, des hommes, plus souvent que des femmes, ont-ils pris l'ascendant sur leurs congénéres ?
Par la force brute. Par la ruse. Par la compétence.
Nous allons donc devoir élaborer un systéme, comme on n'en a encore jamais éssayé, ou chaque individu, quelque soit son sexe, sa "race", sa morphologie, sera à même de développer sa propre compétence. Et ainsi, d'assumer sa propre destinée. Je ne parle point ici d'idéologie, plus où moins fumeuse, plus où moins mise à mal par l'évolution. Mais de quelque chose de pratique, de pragmatique, méthodologique. Quelque chose de raisonné. Qui intégre l'émotion sans en être prisonnier.
C'est au delà de la pulsion enfantine, de la marée adolescente.
Mais cela les intégre. Nous entrons dans l'âge aérien, futur âge adulte, mur. Nous avons traversé les âges.
Moi, issue d'une cellule, céllule se reproduisant de façon végétative, avec une reproduction sexuelle périodique, je suis le fruit de l'évolution d'une cellule qui a vu le jour voici plus de 3,5 milliards d'années.
J'ai 3,5 milliards d'années. A la louche. Et vous aussi.
Alors il serait peut être temps de redescendre sur Terre. Car il va falloir se grouiller le cul. Nous sommes à l'aube de la sixiéme extinction de masse.
Et si nous ne voulons pas faire partie des éteints, il va falloir faire quelque chose. Il va falloir innover.
Nous avons l'information. Un minimum. Et nous allons devoir faire avec. Nous allons devoir intégrer notre évolution, pour intégrer notre présent. Et nous projeter dans le futur. C'est la tâche qui est dévolue à l'Arche de Néo. C'est un outil d'intégration, et de développement. Un outil d' Humanisation.
Nous n'en sommes plus au vieux socialisme, aux luttes de classes frontales, à l'exploitation de l'homme par l'homme, où l'inverse. Nous franchissons l'étape de la matrice 3, et nous passons à la matrice 4 : L'Humain achevé. L'Humanité. L'un et l'autre se cogénérant. Et coévoluant.
C'est, littéralement; un changement de paradigme.
Et si nous ne l'intégrons pas, nous serons balayés.
Je ne me propose ici parmi les marchands d'apocalypce, de tous poils, qui promettent à quelques élus (de la secte, évidement !), de survivre, de réssusciter, de trôner à la droite de Dieu, du Christ qui rapplique avec sa Jérusalem à antigravitation, ses canons à pulso-laser qui n'exterminent que les vilains- pas beaux.
Je vous parle de processus biotique. D'évolution. De mutation, d'environnement. De quelque chose de très matériel, connaissable et reconnaissable.
Je vous parle de biome, de commensalité, de méta-organisme. Je vous parle d' Humanité !
Entendez vous les mots que j'énonce ?
Quelles images, quels hologrammes générent-ils dans votre esprit ?
Vous parlent-ils ?
Si oui, l'Arche de Néo a un sens pour vous.
Et, alors, vous pouvez quelque chose pour l'Arche de Néo.
Alors, vous pouvez quelque chose pour l'Humanité.
Et j'espére en vous.
Bonne nuit.
Jean Loup.

29.03.06 21h45

Prélude.

Le décompte avance. L'ambulance est arrivée à 16h45. J'avais sacrifié au dernier rituel Resto du coeur avec Christophe, après le kiné. C'était vraiment la liquidation. Cela commencait à ressembler à un magazin soviétique, approvisionné. On liquide. Bien content, encore d'avoir cela.Petit virou chez la maîresse pour mes arbres, et coup de fil à Marchioni. Quand ils viendront pour l'adduction d'eau des pavillons, le tracto arrachera les arbustes. Christophe ne se ruinera pas la santé. J'ai bouclé mon sac après déjeuner, puis j'ai amené la choupinette à la médiathéque. Avant déjeuner, j'avais planté mes derniéres boutures. Puis repos. Attente. Agathe était très calinette, Sophie plus sobre, Christophe cordial. J'avais un peu l'impression d'assister à mes obséques. En y réfléchissant, j'utilise beaucoup l'auto-hypnose. Une façon de me centrer sur une trajectoire. C'est peut être une séquelle de la sophro. Je suis calme. Profondément.
Je suis chambre 101. Joseph est passé me dire que ce cher François, tout comme sa clinique, étaient aux abonnés absents. Donc, il n'a pas pu avoir de renseignements sur mes piéces détachées. Il espére que la bille n'est pas rayée, parce qu'il ne pourra pas la changer. Un souvenir de moins. Ce sera difficile de demander des dommages.
J'ai vidé mon sac et rangé mon "armoire" et mon meuble de chevet. Pyjama. Douche. Shampoing+sur shampoing. Je sens que j'ai le cheveux pauvre. Je retrouve des têtes. Anne lyse, aux prises avec un électrocardiographe aléatoire. Rasage. Fauteuil. Lecture. Souper léger. Les tomates ne me disent pas grand chose. J'ai gardé la créme dessert pour Agathe. Lecture. Et puis coucher. Pas confortable pour écrire, même avec le lit réglable, sur une tablette inclinable qui est montée sur roulettes, et recule au faire et à mesure que j'écris, par la simple pression du stylo. Il faut la cramponner de l'autre main. Comme la droite ne peut pas vraiment s'appuyer sur la tablette, j'ai très vite mal à l'épaule. Il faudra peut être trouver mieux.
A partir de 11h, diéte totale, même hydrique.
Ouverture probable vers 8h30.
Il fait chaud ici, moi qui ai l'habitude de dormir à poil dans une piéce sans chauffage. Avec une couette, quand même.
Il y a un vieux cathareux dans la chambre d'à côté. Et un braillard plus loin, qui n'a pas l'air en bon état, vu son "discours. Les filles doivent lui demander de la fermer. Là, il a du s'endormir.
L'hopital, la nuit. Pas vraiment silencieux. Calme.
La garde a pris la reléve. "Doucement, doucement, doucement s'en va le jour, à pas de velours."
La cathare crache ses éponge.
Il y en a trois qui se retrouvent tout seuls. La cohabitation de Christophe avec Sophie et Agathe ?
Je ne peux pas dire que je prenne des vacances, mais je me tire. Il était temps. J'étais au bout du rouleau. Demain sera un autre jour. Pour l'Humanité.
J'ai choisi une AG, plutôt qu'une péridurale. Je prefere partir complétement. Le réveil sera plus cotonneux, mais ce sera un réveil sur une autre trajectoire. J'en aurais eu des vies !
Allez, on tire le rideau. Fin de l'acte. Retour en coulisse, préparer le cinquiéme acte. Bonne nuit.
Jean Loup.